enfer_vert2Extrait de lettre reçu de Jean-Paul Maindiaux : BANDA-BAKUNE  - Paul et Aliette en brousse au Congo (1958)

Banda- Bakune est une circonscription indigène ou C.I.. Elle fait la superficie de la Province du Hainaut. Essentiellement couverte de forêt tropicale primaire et souvent inondée. Pour accéder à ce petit paradis, il faut passer par l'enfer!   Région abandonnée à cause de l'état des routes et des ponts, elle fait l'objet d'une offensive de développement et c'est la raison de ma présence sur les lieux où jamais un blanc n'a résidé si ce n'est 2 ou 3 jours, de passage.

……Nous voilà donc en route pour ce petit trajet de 8 km, mais en passant par les deux ponts. A l'aller, il fait encore clair et sec pas de problème. Mais au retour, l'humidité de la nuit est tombée, tout est mouillé et les rondins du deuxième pont se dérobent sous les roues du pick-up ; celui-ci est sagement déposé sur les deux troncs et les rondins sont éparpillés derrière les roues. Laissant Aliette seule dans la cabine, assaillie par les moustiques, je pars à la recherche de secours. Le capita( chef) du village le plus proche est réveillé non sans peines, pour aller chercher mon collègue Ghys qui est heureusement encore au poste à Banda. Après deux heures d'efforts nous sortons l'engin de sa fâcheuse position. Ghys rentre se coucher, nous le suivons, mais il roule beaucoup plus vite que moi, de plus , les routes étant mal entretenues, les matiti ou « herbes à éléphants » qui font deux mètres de haut, retombent avec l'humidité et masquent une partie de la route. Bref, nous passons devant notre maison sans la voir...C'est dire l'état d'abandon du jardin de devant! Et nous nous retrouvons devant un pont...C'est le troisième ...Pas possible, il y a un problème.

Avant de le franchir on hésite,  ..on passe et. ..c'est parti , on va se farcir les 4 autres ponts de la digue ! C'est alors qu'Aliette descend avec la grosse torche électrique pour me guider. ..elle glisse sur les troncs rendus gluants par la nuit et tombe les deux jambes dans le vide à cheval sur l'un des troncs! Je la vois gesticuler et imagine le pire ! En réalité, elle essaye simplement de ne pas perdre sa sandale pendue au-dessus de l'eau! Plus de peur que de mal donc et nous reculons sur le premier pont. Aliette est dans le bac du véhicule et me guide avec la torche. Une fois le pont franchi en marche arrière (il faut le faire !) elle remonte dans la cabine et, toujours en marche arrière, nous cherchons un endroit pour faire demi-tour .Enfin, voici un petit élargissement.  Je descends à mon tour pour tester la stabilité du terrain dans le noir. Il ne me faut pas cinq secondes pour m'apercevoir que je suis debout dans une grosse colonne de fourmis. ..C'est trop tard, j'en ai partout.  Le demi tour effectué, il me reste à me déshabiller et à enlever une par une ces grosses fourmis qui sont montées jusque dans mon slip! Dans des cas d'urgence comme celui là on est vite tout nu sur la route...heureusement qu'il fait noir !